Chapitre 4

Je me réveillai pour découvrir que j’étais assise à mon bureau. Je clignai des yeux, sonnée, désorientée.

La pièce était sombre, à l’exception du clair de lune qui se déversait par les rideaux ouverts d’une des fenêtres. L’horloge perchée au sommet de la bibliothèque en face de moi affichait une heure et demie.

Je grognai. Pas encore ! Ces foutues crises de somnambulisme commençaient à me taper sur les nerfs. En m’écartant de mon bureau, je remarquai que je tenais un stylo à la main. Puis je vis la feuille de papier. Je voyais bien qu’il y avait quelque chose d’écrit dessus, mais il faisait trop noir pour que je puisse le lire.

D’un coup, je n’eus plus sommeil. Mon pouls s’accéléra et ma bouche s’assécha. Peut-être devrais-je tout simplement déchirer cette feuille et la jeter sans même lire ce qui y était inscrit.

Ouais, voilà ce que je devais faire. Je ne voulais plus avoir à affronter les peurs de mon inconscient. Mais, au lieu de suivre mon conseil, j’allumai la lampe du bureau, fermant les yeux sous l’effet du soudain éblouissement.

Je pris une longue et profonde inspiration avant de les rouvrir pour lire ce que j’avais écrit dans mon sommeil :

« Morgane, ce n’est pas ton inconscient. Tu es vraiment possédée, mais tu es si puissante que je n’ai aucune prise excepté quand tu baisses ta garde, comme dans ton sommeil. Je ne veux pas te faire de mal, je tiens aussi peu à te posséder que toi à être mon hôte, mais »

 

C’était tout. Tout ce qu’il avait écrit. Non, tout ce que j’avais écrit, parce qu’en aucune manière je ne pouvais être possédée. Impossible !

J’étais tellement bouleversée que j’en tremblais. Je croisai les bras sur ma poitrine et m’étreignis.

— Calme-toi, Morgane, me dis-je. Tu sais bien que tu n’es pas possédée. Val l’aurait vu à ton aura à Topeka.

Ça ne me rassura pas plus que ça.

Cette fois encore, j’arrachai la page du bloc et la chiffonnai en boule. Pourtant, je n’allais pas me contenter de la jeter à la poubelle. Je refusais tout simplement que ces mots couchés sur le papier existent.

J’emportai la boule de papier au salon et la brûlai dans la cheminée. Je retournai ensuite me pelotonner confortablement sous les couvertures mais rien n’y fit, je ne fermai pas l’œil du reste de la nuit.

 

Brian arriva à 19 heures le soir suivant. Pour le dîner et le sexe, pas nécessairement dans cet ordre. J’avais souffert toute la journée du manque de sommeil et de l’angoisse. Il estima très justement qu’il s’agissait d’un soir où le dîner viendrait en premier. Et il fit la cuisine. Comme dit Val : « C’est une perle. »

Cette pensée ne fit rien pour me remonter le moral. Brian était peut-être une perle, mais il ne pouvait me garder indéfiniment. Bien sûr, il parlait qu’on emménage ensemble, mais il fallait être réaliste. C’est un chic type, très « maman et confitures » sur toute la ligne. Qu’est-ce qu’il fichait avec moi, en fait ? Il aurait dû être avec une fille douce, ordinaire. Pas une nana exorciste bourrue avec un problème de comportement.

Ouais, j’étais de cette humeur-là. Et j’avoue franchement que je me faisais pitié. Un autre de mes traits de caractère pas très attrayants. Parfois je jalouse secrètement Brian et sa vie normale. Pas de fanatiques dans sa famille. Tout le monde s’entend comme on est supposé s’entendre dans une famille. Ce qui ne veut pas dire qu’ils ne se disputent pas de temps en temps, mais ce sont des disputes saines, si vous voyez ce que je veux dire. Il a un bon boulot, stable et sûr – il est avocat, du genre ennuyeux, pas du genre louche –, et il pense que les gens sont fondamentalement bons. Ce qu’il voit en moi est un mystère complet.

Même un type ordinaire pas observateur pour un sou aurait remarqué mon humeur, aussi je ne fus pas surprise quand, la table à peine débarrassée, Brian me prit dans ses bras.

— Qu’est-ce qui ne va pas ? demanda-t-il.

Je soupirai en me pelotonnant dans la chaleur de son corps.

— Rien. C’est juste que j’ai mal dormi la nuit dernière.

Il m’écarta doucement de lui pour soulever mon menton afin que je le regarde. Il y avait une lueur d’inquiétude dans ses yeux brun whisky.

— Tes crises de somnambulisme ?

Je luttai contre un début de panique en repensant au moment où je m’étais réveillée avec ce fichu bout de papier en face de moi. J’acquiesçai, pas certaine de pouvoir me fier à ma voix.

Brian me caressa les cheveux.

— Tu devrais consulter un médecin.

Je ne savais trop s’il faisait référence à un généraliste ou à un psy, mais peu importait.

— Pas de médecin, dis-je d’une voix plus dure que prévue.

Je hais les médecins. Presque autant que les dentistes. Je n’aime pas les gens qui me font sentir vulnérable.

— Morgane, commença Brian – et je pus entendre sa voix passer en mode « avocat persuasif ».

— Non, Brian. N’insiste pas.

Il leva les mains en signe d’abandon et je crus être sortie d’affaire. Puis il passa un bras autour de mes épaules et me guida vers la chambre. Je le suivis bien que mon esprit ne soit pas vraiment branché sexe en cet instant. Ce qui en disait long sur mon état, parce que je ne pense qu’au sexe quand Brian est dans les parages.

Nous nous embrassâmes, passé le seuil de la chambre. Fondant contre son corps, je lui ouvris mes lèvres pour caresser sa langue avec la mienne, pourtant le cœur n’y était pas. Je pensais assez bien simuler mais, une fois allongés sur le lit, Brian s’écarta un peu de moi.

Au-dessus de moi, une jambe passée sur la mienne, son visage me dominant de quelques centimètres, il posa sa main sur ma joue, me caressant distraitement du pouce.

— C’est plus qu’une mauvaise nuit, murmura-t-il. Allez, Morgane. Dis-moi ce qui ne va pas.

Je le maudis intérieurement d’être un mâle sensible moderne. Un homme de Neandertal aviné m’aurait mieux convenu en la circonstance. On aurait pu s’adonner à du sexe fougueux, j’aurais simulé un orgasme, puis il serait reparti content en me laissant à mes sinistres pensées.

Je plongeai ma main dans ses cheveux et essayai d’attirer son visage vers le mien pour, l’embrasser, mais il refusait de se laisser distraire. Il s’écarta un peu plus.

— Parle-moi, insista-t-il.

— Il n’y a rien, Brian. Je suis juste fatiguée, c’est pour ça que je ne suis pas vraiment moi-même.

Ses yeux s’étrécirent. Ce n’était pas un regard méchant, mais pas vraiment joyeux non plus.

— Tu me racontes des conneries et tu le sais. Pourquoi ne me dis-tu pas ce qui ne va pas ?

Je me tortillai pour me délivrer de sa jambe et m’assis. Je lui adressai à mon tour un regard mauvais. Je suis meilleure que lui en la matière.

— Parce qu’il n’y a rien à dire ! déclarai-je d’un ton brusque.

D’accord, je mentais, mais je n’avais aucune envie de partager mes soucis avec lui. Il ne comprendrait tout simplement pas.

Il s’assit à son tour. Presque un mètre nous séparait désormais sur le lit : une jolie métaphore pour le gouffre émotionnel qui s’ouvrait entre nous.

— Je ne suis pas stupide, dit-il.

Il essayait de garder une voix douce, mais la colère s’y immisçait malgré lui. Brian ne se sent pas à l’aise avec la colère, ce qui explique pourquoi il ne provoque jamais les disputes.

La colère et moi, nous sommes les meilleures amies du monde. Moi, je suis à l’aise.

— Tu vas le devenir si tu ne laisses pas tomber.

— Bon sang, Morgane ! (Oh oui, maintenant il se sentait beaucoup plus à l’aise avec sa colère.) Je t’aime. (Cela résonna comme une malédiction.) Tu peux me parler. Tu peux partager avec moi. C’est ce que font les gens qui s’aiment.

— Je ne suis pas une chochotte qui a besoin d’une épaule pour pleurer. Et je n’ai jamais prétendu en être une.

— Ce n’est pas être une chochotte que de me répondre quand je te demande ce qui ne va pas ! Pour l’amour de Dieu, en voilà une question simple ! Tout ce que je te demande, c’est de partager une infime partie de toi avec moi. Est-ce que c’est trop te demander ?

Je me passai la main dans les cheveux en essayant d’étouffer ma colère. Il avait raison. Mais moi aussi. Si je lui parlais des notes, de ce qui me préoccupait, cela nous mènerait à une longue et sincère discussion. Et peu importe ce que je dirais, il ne comprendrait pas.

Il fait de son mieux, vraiment. Mais il n’a jamais été un obsédé du contrôle comme je peux l’être. Il n’a jamais compris pourquoi j’étais si fanatiquement antidémon. Et il ne comprendrait jamais pourquoi la possibilité d’être possédée – même si je savais que cette pensée n’était que le produit de mon imagination hyperactive – pouvait me mettre dans un tel état de nerfs.

— Je suis désolée, Brian, dis-je. Je sais que tu penses que je suis une garce sans cœur, mais je ne peux m’empêcher d’être ce que je suis. Et je ne suis pas le genre de femme à m’ouvrir une veine pour me vider de mon sang sur mon petit ami. S’il s’agissait d’une chose pour laquelle tu pourrais m’être d’une quelconque aide, je t’en parlerais.

Je n’étais pas certaine que ce soit vrai, mais ça aurait pu l’être. Il faudrait que j’attende d’être confrontée à un problème qu’il pourrait m’aider à résoudre pour le savoir.

Il descendit du lit en secouant la tête. Sa colère s’était apaisée. Il avait seulement l’air blessé désormais.

— Je ne te demande pas de t’ouvrir une veine, dit-il doucement sans me regarder. Je me contenterais d’une miette infime mais, même ça, tu ne veux pas me le donner.

Je retins mon souffle. Voilà, on y était, le moment que j’avais redouté : le moment où il estimait que je lui procurais plus de peine que de bien-être.

Comme d’habitude, je l’avais sous-estimé.

— Je rentre chez moi avant qu’on se fasse vraiment du mal, dit-il. Mais je ne laisse pas tomber, Morgane. Je t’aime, et je finirai bien par trouver un moyen pour que tu aies assez confiance en moi pour me parler. Je t’appelle demain.

Je restai assise sur le lit pendant qu’il sortait de la chambre. Il ne claqua même pas la porte d’entrée. J’inspirai plusieurs fois profondément en essuyant mes paumes moites sur mon pantalon.

Aussi douloureuse que puisse être la pensée de le perdre, je savais que le mieux à faire pour nous deux était de rompre maintenant, avant que je lui fasse trop de mal. Parce que, s’il restait avec moi dans l’espoir de me changer, notre relation était vouée à l’échec. Si j’étais une fille bien, quelqu’un de bon, je lui éviterais une peine de cœur et le libérerais de cette histoire.

Je suppose que je ne suis ni une fille bien ni quelqu’un de bon. Ça craint.

 

Le week-end passa calmement et j’appréciai ce changement. Brian m’appela le samedi, comme il avait dit qu’il le ferait, mais ce fut un coup de fil tout à fait stérile. Je suppose que le fait qu’il n’ait pas rompu au téléphone pouvait être considéré comme positif.

Le lundi matin, après trois nuits de sommeil normal d’affilée, je me réveillai en meilleure forme. Peut-être en avais-je fini avec mes crises de somnambulisme.

Je décidai qu’après toutes ces frictions je devais faire le premier pas pour recoller les morceaux avec Brian. Je commençai par commander sur Internet un grand vase bien voyant rempli de roses blanches que je fis envoyer à son bureau. Je n’étais pas prête pour une carte à l’eau de rose, et tout ce que je trouvai à écrire fut : « Je suis désolée, je me suis comportée comme une garce. »

Je passai beaucoup de temps à sourire dans le bon vieux Paoli Local qui me conduisit à Philadelphie. J’imaginais ce que le reste des avocats guindés du cabinet de Brian penseraient quand il recevrait des fleurs de la part de sa petite amie. Il en entendrait parler pendant des semaines. Mais les taquineries ne le dérangeraient pas, il les apprécierait même secrètement.

Je descendis du train à Suburban Station et marchai jusqu’à mon bureau de Liberty Place. C’était une superbe journée de mars, ensoleillée et chaude et pleine de promesses. Je me sentais fichtrement bien, pour une fois.

L’immeuble où se trouve mon bureau héberge des petits cabinets comptables, un détective privé et moi-même. Voilà un assortiment intéressant. Je ne respecte pas ce qu’on pourrait appeler des heures de bureau normales parce que je voyage beaucoup. Mais chaque fois que je suis en ville, j’essaie d’y passer un peu de temps pour m’occuper de la paperasse. Vous ne pouvez pas imaginer la masse de documents que génère un exorcisme. Je dois faire un rapport sur chacun et le remettre à la Commission américaine des exorcismes, notre comité directeur.

Mon ordinateur n’était pas encore allumé qu’on frappa à ma porte.

— Entrez, lançai-je machinalement.

J’essayai de faire accélérer mon ordinateur. Il était temps que je m’en offre un nouveau, mais c’était une telle histoire que je ne cessais de reporter l’achat.

Mon ordinateur « teuf-teufait » toujours quand je laissai finalement tomber pour me tourner vers la porte. Je me figeai de surprise en voyant Adam White.

Adam est à la tête des Forces spéciales, le département de la police chargé de s’occuper des démons criminels. Par le plus grand des hasards, il se trouve qu’il est lui-même un démon. Pas mal de gens – dont je fais partie – considèrent que cela revient à faire garder le poulailler par un renard. Mais, d’une certaine manière, c’était assez pratique. Adam peut affronter n’importe quel démon seul à seul et avoir le dessus. Et ce n’est pas quelque chose dont nous autres, simples mortels, pouvons nous targuer.

Quand Adam vit qu’il avait toute mon attention, il s’assit en souriant en face de mon bureau, étendant ses longues jambes devant lui. C’est un sacré morceau et il le sait. Environ 1,85 m et un peu plus de cent kilos, tout en muscles sculptés. Des cheveux courts et sombres, presque noirs, et des yeux sexy qui me font penser à du caramel chaud.

Bien sûr, je ne sais pas pourquoi il est si fier de son apparence. Ce n’est pas lui qui est si beau, c’est son hôte.

La Société de l’esprit privilégie les beaux individus pour héberger les Pouvoirs supérieurs, comme ils appellent les démons. « Pouvoirs supérieurs », mon cul ! Les démons s’appellent « démons » entre eux. Ils disent qu’ils sont bien antérieurs à la Bible et que leur nom propre a été corrompu par les humains. Mais la Société a décidé que « démons » était une sorte d’insulte ethnique. Je ne vous dis pas combien de fois ma mère m’a lavé la bouche au savon parce que je les avais appelés ainsi.

Naturellement, puisque Adam est un démon, je le déteste par principe. Il le sait, c’est pourquoi j’étais surprise de le voir dans mon bureau.

— Que puis-je faire pour toi, Adam ? demandai-je d’un ton prudent, même à mes propres oreilles.

Un coin de sa bouche se souleva en une esquisse de sourire lorsqu’il entendit mon ton avant de retomber très vite. Je compris trop tard qu’il n’avait rien d’un boute-en-train. Ses sourcils étaient légèrement froncés et son regard aurait pu être qualifié de « hanté ».

Il prit une profonde inspiration, comme pour se donner du courage, puis il releva la tête et affronta mon regard.

— J’ai besoin que tu pratiques un exorcisme.

Ma mâchoire se décrocha. Je ne savais quoi répondre. Un fait exceptionnel chez moi, je peux vous l’assurer.

Il ne semblait pas avoir besoin que je réponde quoi que ce soit pour le moment.

— Est-ce que tu as entendu parler de l’attaque de Colère de Dieu ce week-end ? demanda-t-il.

Colère de Dieu est un des nombreux groupes de haine antidémons. Certains essaient de combattre les « Suppôts de Satan » – comme ils appellent les démons – devant les tribunaux et de rendre illégale la Société de l’esprit. Colère de Dieu est plutôt du genre militant. Une de ses spécialités est l’incendie criminel. Les membres du groupuscule brûlent vifs les démons et leurs hôtes dans le « Feu Purificateur de Dieu ». Oui, quand ils parlent, tous les mots ont l’air de commencer par une majuscule.

J’avais été trop préoccupée par mes problèmes durant le week-end pour lire le journal ou regarder les infos. Aussi je ne savais pas ce que les petits aides de Dieu avaient concocté.

— Tu te rappelles, il y a environ trois semaines, cet incendie qu’ils ont provoqué dans les quartiers sud de Philly ?

Je m’en souvenais. L’incendie avait tué un démon légal ainsi que sa petite amie enceinte. Ils avaient un autre enfant, une petite fille, qui était restée prisonnière de la maison. Un des pompiers démons l’avait sauvée. Il avait attrapé l’enfant et avait sauté depuis le deuxième étage sur le trottoir, amortissant avec ses jambes tout l’impact pour protéger l’enfant. Ce qui avait dû faire plutôt mal. L’enfant avait survécu et les jambes du démon avaient sûrement guéri en quelques heures.

— Je me rappelle, dis-je, puisqu’Adam attendait ma réponse.

Son visage était sinistre et tendu.

— Ce pompier s’appelle Dominic Castello. Ce week-end, Colère de Dieu a décidé de le punir pour avoir sauvé la « Progéniture de Satan ».

J’émis un grognement. Je haïssais les démons, même les meilleurs d’entre eux, mais je n’allais pas jusqu’à penser qu’il était mal de sauver une fillette de trois ans d’un immeuble en flammes, simplement parce qu’il se trouvait que son papa était l’hôte d’un démon.

— Ils ont voulu lui donner une leçon, pas le tuer, continua Adam. Neuf d’entre eux lui ont tendu une embuscade devant chez lui, ils étaient armés de battes de base-ball et de barres à mine.

Je grimaçai de compassion tout en commençant à comprendre où cette histoire allait mener.

Adam avait l’air misérable.

— Il a juste essayé de se défendre. (Son regard, sérieusement implorant, rencontra le mien.) Nous ressentons la douleur, tu sais. Nous la tolérons mieux que les humains, mais nous avons nos propres limites.

— Que s’est-il passé ? demandai-je doucement, mais je savais déjà.

Adam baissa la tête.

— Ils l’ont battu jusqu’à ce qu’il perde contrôle. Il est devenu fou. Il a répondu à leurs coups. Jusqu’à ce qu’il se libère et s’enfuie, mais le mal avait été fait. Il en a tué un. Un autre se trouve à l’hôpital en soins intensifs.

Je n’ai pas l’habitude de compatir avec les démons. Cette fois-ci pourtant, je fis une exception.

Les démons n’ont pas les mêmes droits que les humains. D’après la loi, peu importent les circonstances atténuantes. Si un démon devient criminel – en d’autres mots, s’il est impliqué dans un crime violent –, il doit être exorcisé. Point. Sans que cela fasse l’objet d’un procès à rallonges. Bon sang, ils n’ont même pas droit à un avocat, bien que certains juges leur laissent en avoir un tout de même. De toute façon, il n’existe aucun jury constitué de leurs pairs.

— Alors c’est lui que tu veux que j’exorcise.

Adam acquiesça. J’aurais parié que j’avais vu des larmes briller dans ses yeux. Ce sont en général les membres de la famille qui font appel à mes services, et seulement quand l’exorciste désigné par la cour a déjà échoué. Cela ne m’était jamais arrivé d’être engagée par un démon. C’était, sans aucun doute, ce qui était en train de se passer.

— Pourquoi t’adresses-tu à moi ? demandai-je avant de grimacer à mon propre manque de tact.

Adam ne s’en offusqua pas.

— Lui et moi avons ce qu’on peut appeler une histoire commune. Nous sommes amis depuis notre arrivée dans la Plaine des mortels et nos hôtes étaient amis bien avant cela. Cela va être difficile pour nous tous. Nous avons besoin que l’exorcisme se déroule en douceur et rapidement. Et tu es la meilleure qui soit.

Cela me fit tressaillir.

— Alors ton hôte est… au courant de ce qui se passe ?

Les yeux d’Adam me transpercèrent.

— Tu sais qu’il est au courant.

Je détournai les yeux. Ouais, je savais. Et c’était un exorcisme que je n’étais pas pressée de pratiquer.

— Est-ce que tu vas t’en charger ? demanda Adam.

Je soupirai. Comment pouvais-je refuser ? Dominic Castello n’était vraiment pas gâté. Il valait mieux en finir vite plutôt que de le laisser souffrir.

— Ouais, je vais m’en occuper.

Il eut du mal à me remercier. Pourtant, il réussit à m’adresser un hochement de tête en signe de reconnaissance.

 

Démon intérieur
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